Georges RIBEMONT-DESSAIGNES 1884 – 1974

En feuilletant un livre de Jacques Prévert “ARBRES”, le livre est illustré par Georges RIBEMONT-DESSAIGNES .



1955

En voulant en savoir plus sur l’auteur des dessins, on découvre que c’est un grand précurseur du mouvement DADA au début du XX ème siècle. Et il est plus connu pour ses écris, livres, poésies et ses articles sur la peinture.
Mais il a commencé par des peintures proches des Nabis.



Paysage de printemps – 1906

Dimensions : 67 x 76 cm
“
“Ribemont-Dessaignes a d’abord été musicien et peintre dans la tradition des nabis. Ce n’est qu’à partir de dada que la littérature a pris le pas sur les autres vocations, sans toutefois s’y substituer complètement : en 1920, il exposera avec Francis Picabia, puis délaissera un peu la peinture et le dessin pour y revenir dans les années quarante.”
source: Serge Fauchereau.
Sur le site: https://leboudoirdezigomar.wordpress.com/2013/07/27/voir-georges-ribemont-dessaignes-en-peinture/. Une présentation plus complète.
Comme le précise Wikipedia: “l’un des précurseurs à Paris de l’esprit qu’en 1916 à Zurich Tristan Tzara nomme « Dada ». C’est avec Marcel Duchamp, Jean Arp et Fernand Léger qu’il démarre l’aventure DADA .À partir de 1920 il participe à toutes les activités du mouvement et l’on dira de lui qu’il avait alors écrit « le seul théâtre dada, la seule musique dada »,


Grand musicien
, 1920 .





Titre Opportune 1912
Un autre portrait par Jeanne Brun sur le site de l’école Nationale des Chartes présente le personnage.
http://www.chartes.psl.eu/fr/positions-these/georges-ribemont-dessaigneset-vie-artistique-1884-1974
“ Le nom de Georges Ribemont-Dessaignes demeure, trente ans après sa mort, largement ignoré. De ce relatif oubli, l’attitude de l’écrivain et peintre est sans doute la première responsable. Son rejet des « grands hommes », son mépris du statut de l’intellectuel professionnel, maintes fois manifesté à l’encontre d’André Breton notamment, ou encore une indifférence toute dadaïste à l’égard de sa propre production littéraire ou picturale, comme à l’idée même d’une construction artistique, le poussent à se démarquer par un refus délibéré de faire carrière, de promouvoir ou simplement défendre la valeur et la place réelles de son œuvre, plastique et littéraire, dans son temps. La singularité de son parcours, son indépendance par rapport aux grands mouvements intellectuels du xxe siècle sont également une cause de cette méconnaissance. Seule une histoire en marge des histoires officielles, c’est-à-dire en marge de l’histoire des avant-gardes, pouvait trouver de l’intérêt dans ce personnage à part……”
“Le premier chapitre est consacré à sa production picturale et graphique entre 1903 et 1914, soit « avant Dada » ; le second à « Dada » et aux formules anti-artistiques que Ribemont-Dessaignes développe alors, jusqu’au second abandon de la peinture au début des années 1920. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que Ribemont-Dessaignes reprend sa production artistique, qui sera désormais uniquement graphique : c’est donc à partir de là que reprend notre commentaire, avec une étude d’œuvres qui relèvent d’un « Nouveau réalisme », de 1945 à 1950, puis la série des « Arbres » (vers 1950-1965) ; et enfin un commentaire des dessins rassemblés sous le nom de « Cryptogrammes », qui occupent l’artiste jusqu’à sa mort en 1974. Cette structure théorique est, on s’en doute, tournée vers, puis héritée de Dada. Elle consiste à notre avis en une logique de désœuvrement, qui se lit en filigrane de 1910 au moins à 1974. Le désœuvrement est à entendre ici sous ses multiples sens : d’abord destruction de l’œuvre, qui commence timidement et presque à son insu, lors de la période d’expérimentations (de 1904 à 1914) qui le mène, avec les autres artistes de l’avant-garde, à faire éclater la notion d’absolu en art, puis à renier l’art lui-même. Cette œuvre destructrice devient quelques années plus tard violemment iconoclaste, revendicatrice, cruelle : c’est le temps de Dada. Pour la période d’après-guerre, après 1945, on a bien sûr une forme de repentir dans l’adoption d’un nouveau style, le plus réaliste qui soit, le moins avant-gardiste qui puisse être. Mais c’est alors, paradoxalement, que Ribemont-Dessaignes suit peut-être le mieux l’enseignement de Dada, en s’éloignant de toute recherche esthétique pompeuse, en cultivant sa propre production absolument hors des débats avant / arrière-garde, en affectant à l’art sa position vraie : non pas une activité supérieure aux autres, mais une activité parmi les autres, au cœur de la vie, délassement à la fois de la main et de l’esprit, activité des heures désœuvrées : c’est l’autre sens du mot désœuvrement qui apparaît ici.
En n’acceptant pas les règles du jeu artistique, ni en amont (recherches esthétiques, discussions d’artistes professionnels qu’il avait en horreur), ni en aval (publicité et commerce de l’art), Ribemont-Dessaignes condamnait son œuvre graphique et picturale à une certaine forme d’isolement. Il livre cependant une œuvre subtile et riche, qui s’apprécie malheureusement encore à l’abri des regards du plus grand nombre.
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- Poésie de Georges Ribemont-Dessaignes 1945
Vie et mort d’Ève

L’arbre du jardin
A mûri ses pommes
Et dans chaque pomme
Ont mûri les grains,
Et dans chaque grain
Il y a un arbre,
Dans l’arbre la terre,
Dans son poids de terre
Masse de soleil
Et le firmament
Avec ses étoiles
Et la grande Voie
Des immenses mondes
De poussière immense
Et dans chaque monde
Est son poids de vide,
Ô pomme magique,
Et ton pesant d’or,
Ton pesant de vide,
Petit grain de vide
Ô petit grain d’or,
Germe du désir
Au souhait d’un cœur,
Tel est le présent
Par un ange offert,
Par un prince blanc,
Par un prince noir,
Ô caresse, haleine,
La graine du vide
Et des apparences
Et baise, ô cœur chaud,
Le bien et le mal
Pesés dans l’amour.
Ève dit :
Toujours il y eut ce jardin.
On le traça perdu,
On le planta perdu,
On le nomma perdu.
Mais le jardin de l’innocence et ce souvenir qu’on a…
Est-ce ce désert où n’entrèrent que des pierres ?
Tous. les jardins sont perdus,
Et le ciel n’est ciel que de la terre —
Elle était vieille déjà, elle dit encore : Je rêvais —
Et elle mourut
Pour finir :
La boule roulait vers le zéro dans le grand casino de l’art »
Georges Ribemont-Dessaignes, Déjà Jadis, Paris, Julliard, 1958