Berlinde-de-Bruyckere

Berlinde-de-Bruyckere

Artiste importante de l’art contemporain, Berlin de Bruyckere a une place à part.

Par sa façon de travailler les thématiques abordées, ses matières, ses symboles, elle dérange car le résultat de son travail arrive souvent à des Corps fracturés, rapiécés, corps aimés, des chevaux figés de peur, des arbres entiers reconstitués dans leurs blessures. Les sculptures de Berlinde De Bruyckere nous emmènent dans une dimension émotionnelle dans un registre violent.

Cet article essaie de comprendre ce language.

Berlinde de Bruyckere

On peut présenter Berline de Bruyckere comme dans ce blog de Maxime Demeire [Boum!Bang! Le 18 oct 2011]. Mais c’est du premier degré de présentation.

« Entre répulsion et rédemption »

Berlinde de Bruyckere est une plasticienne belge née en 1964. L’artiste est fidèle à sa ville natale, Gand, où elle vit et travaille. Elle nous offre une démarche artistique où le silence est inconfortable et où la douceur est effrayante. Ses parents étaient bouchers et elle a grandi au sein d’une famille dans laquelle l’éducation religieuse – catholique – stricte était de vigueur. Pour l’anecdote, son atelier est un ancien couvent.

Ainsi, l’iconographie religieuse trouve une place prépondérante dans son travail. En premier lieu, la passion du Christ et l’ensemble des thématiques qu’elle aborde : crucifixion, pietà, agonie, etc. Ses corps – souvent suppliciés -, traités de manière expressive, témoignent de la douleur et de la mort, tabous encore pesants dans notre société.

Autre thème qui lui est cher : le cheval. Elle reconnait l’influence des photographies d’archives de chevaux morts dans les villes dévastées de Flandres durant les batailles de la Grande Guerre. Ici aussi, ses chevaux ont une puissance d’évocation forte, invitant à une réflexion sur le corps, la douleur ou la décomposition. Nouvelle dualité entre la vie et son contraire. Souvent, ces corps aux veines apparentes et à la couleur cadavérique, au réalisme troublant, nous rappellent la condition charnelle du corps.

Enfin, elle aime travailler autour du motif de la couverture. Ou plutôt les couvertures, celles qui viennent cacher le visage. Elle n’aime pas, ou ne veut pas, représenter le visage qui souvent se dissimule derrière des artifices (couvertures, crinières) ou disparait tout à fait (décapitation). C’est aussi une façon de pouvoir s’éloigner de la représentation d’un individu en particulier et d’atteindre chacun de nous. Cette couverture, c’est le symbole de la protection ou du secours mais également celui du bâillon ou du voile mortuaire. Elle peut réchauffer, mais aussi isoler voire étouffer. Elle a une histoire, elle est chargée d’odeur.

Notons qu’à la violence des thèmes abordés répond la douceur des matériaux employés : cires mêlées aux pigments, objets domestiques, matériaux organiques (cuir, poils, cheveux). La tension des corps et des significations règne dans l’oeuvre de Berlinde de Bruyckere.

je pense qu’il faut voir le travail de cette femme pour aller plus loin et de savoir ressentir la force « picturale» de ses travaux , et derrière cette présentation, comprendre les symboles que représentent ses sculptures.

le texte ci après est de Marie-Hélène Lemaire de la galerie Phi où Berline de Bruckere présentait une installation : Invisible love and Invisible beauty II, 2011. dans la même pièce étaient présentés un cheval et deux corps.

Les corps que Berlinde De Bruyckere nous donne à voir sont en proie, bien souvent, à d’extrêmes souffrances, vulnérables, frappés par la mort, agonisants, survivants. Loin du corps idéalisé et héroïque de la statuaire grecque, les corps-figures de Berlinde De Bruyckere sont en fragments, puis réassemblés, les sutures visibles à l’œil qui caresse la surface des peaux. Cet entrelacement de chairs animales, végétales et humaines est l’étrangeté même, plusieurs avons peine à y faire face, sentant notre propre corps se fragiliser, se fissurer. En entrant dans une des salles d’exposition, nous voyons devant nous deux immenses chevaux gisants, superposés l’un sur l’autre, soutenus par des tréteaux. Ce sont, selon le titre de l’artiste: Les Deux (2001). En pénétrant plus avant dans la salle, nous voyons sur un mur et sur l’autre deux corps suspendus dans un même état, percés d’un long morceau de bois: immédiatement des images de crucifixion et d’empalement surgissent. Ce sont, selon les mots de l’artiste: Invisible Beauty, Invisible Love, I et II (2011). Notre propre corps, viscéralement choqué, se déplace lentement, encercle les corps-sculptures, est attiré, puis révulsé, soudain immobile. Une question nous habite: “N’y a-t-il que la mort, ici et maintenant, définitive. Berlinde De Bruyckere pose des gestes pour unir, pour recouvrir, pour réparer l’irréparable. Elle nous soutient à voir cette beauté invisible et cet amour invisible: il y a là horreur et compassion, mort et faible pulsation, agonie et combat et tout cela tous ensemble, eux et nous.

Voir (. https://fondation-phi.org/en/article/corps-fractures-rapieces-corps-aimes-la-sculpture/. )

Après avoir présenté des corps où elle est passée de la technique des tissus et couvertures cousues à une technique plus complexe de cire paraffine et de taxidermie, elle a rajouté les chevaux dans ses sujets. Et elle a continué en juxtaposant les deux comme dans cet expo.

Elle présentait ses vitrines avec des éléments d’os et de Corps et des chevaux au Palais des Papes à Avignon en 2011.

On peut s’étonner qu’une artiste s’exprime comme cela, par la représentation de corps humain ou animal, de bois ou os, d’une façon sculpturale et cela de façon réaliste dans l’aspect de la peau, le veinage de l’os, le brillant du crin ou le rendu de l’écorce du bois alors que la forme générale subit une déformation ou comporte un élément tronqué. De plus, cette forme est posée dans un espace en dehors de la gravité, souvent suspendue ou accrochée. Cette écriture artistique nous révèle une interrogation sur la vie, la mort.

Il y a une déformation de la présentation réelle comme dans Francis Bacon, mais à part le portrait du pape, les sujets de F Bacon sont auto centrés sur lui même et son entourage.

Ici les sujets sont plus sociétales, le corps, la vie, la mort donnent comme les grands Opéras une dimension qui va au-delà de la forme. Elle élabore de plus en plus des mises en scène et cela devient fort . Elle présente un sujet pour nous interroger sans volonté didactique, elle veut présenter un réel, outrepasse la réalité, son language dégage plus que de la musique ou un opéra .

Chez Berlinde De Bruyckere, les sujets sont en rapport avec les valeurs de notre société. Pour ma part, c’est en deuxième lecture par rapport à ce que j’ai lu, que j’ai vu dans son travail la thématique entre autres avec la religion.

Mais ici, la religion fonctionne par métaphore ou par symbole. Berlinde De Bruyckere appuie là où cela fait mal: le Corps du Christ est sanglé dans le bois et la flèche de Saint Sébastien saigne. Elle nous renvoie à la réalité de nos corps, nos écorces, nos vies, proche des éléments, on est dans les éléments, à l’opposé d’une virtualisation de nos communications.

C’est ce qui est précisé dans le texte ci-dessous :

Les sculptures en cire de l’artiste gantois Berlinde de Bruyckere posent au spectateur une question d’éthique : qu’est-ce qu’un sujet doit manquer pour être considéré comme un objet sans âme ? Ils ressemblent aux sous-produits d’une morgue, d’un abattoir ou de la table d’un taxidermiste, tous liés thématiquement comme plateformes de mort industrialisée. Avec la cire imitant la peau, les muscles, les tissus et les cheveux avec une précision étonnante, chaque corps humain ou animal produit un sentiment viscéral de peur et de répulsion qui s’effondre rapidement dans la tendresse et la compassion. Comme des monuments précieux, abandonnés, ils sont posés dans des vitrines ou assis sur des plateformes pour les séparer spatialement et mentalement du spectateur. Il leur manque souvent des membres, des têtes ou des traits faciaux, ce qui complique encore davantage notre compréhension de leur subjectivité dans la mort, mais nous la trouvons quand même. Pour de Bruyckere et ses œuvres, la conscience existe dans tout le corps. « La figure dans son ensemble est un état mental », écrit-elle. « La présence ou l’absence d’une tête n’est pas pertinente.

Sur ce site, la présentation de son travail par ce commentaire retire la force de la narration que nous propose Berline de Bruyckere, elle en fait une artiste néo-réaliste.

https://artefields.net/art-contemporain/berlinde-de-bruyckere-sculpture/

Berline de Bruyckere est -elle seulement une artiste Néo expressionniste comme le cite cet article? Pas dans la vision auquel les critiques d’art définissent ce courant datant des années 1970 pour exprimer le retour au figuratif par une exacerbation de la couleur, ainsi que par un travail important de la surface et de la texture des tableaux. Le but ici est de revenir à une forme d’art plus sensuelle et chargée d’émotion. Chez Berline de Bruyckere, on assiste à cette expression de l’art qui dépasse les peintures décoratives de nos musées, on n’est pas dans un courant artistique. On est dans ce qu’est l’art, comme un langage pour montrer notre société.

Regardons cette installation Crippelwoodf. réalisé â la bienale de Venise en 2013.

Préparation dans son atelier

Lisons le commentaire du critique d’art de la Libre Belgique.

« Ses sculptures explorent d’une manière extrêmement intime et troublante la vie et la mort : la mort dans la vie, la vie dans la vie, la vie avant la vie, la mort avant la mort. Elles apportent un éclairement, mais un éclairement aussi sombre que profond.

Et avec l’écrivain J.M. Coetzee, ils ont écrit un livret pour cet œuvre communiqué de presse, 25 janvier 2013.

Berlinde De Bruyckere, kreupelhout – Crippelwoodf

Saint Sébastien joua un rôle essentiel à Venise. Aidée par le philosophe Herman Parret, Berlinde De Bruyckere a décidé d’exploiter cette iconographie. La résistance mentale du Saint est ce qui la fascinera le plus: J’aime cette figure religieuse pour son opiniâtreté. Le jeune officier de l’armée romaine qui est supplicié parce qu’il refuse de renier la foi chrétienne. La résignation avec laquelle il accepte son sort, la fierté qu’il sait préserver. Jamais la moindre expression de douleur sur son visage. Il émane de lui un mélange de beauté et de mépris de soi. Une douleur mystique. C’est ainsi que j’ai perçu le plaisir de transpercer le corps. (B.D.B.). L’orme au centre de l’oeuvre est devenu le nouveau Saint Sébastien. Allongé, il porte en son écorce les blessures à vif du martyr. Les tissus couleur sang évoquent le rouge des grands maîtres vénitiens mais aussi les derniers restes de sèves vitales. . Les flèches (associées au Saint) évoquent aussi la peste, fléau ayant décimé de nombreux vénitiens au cours des siècles passés. L’univers obscure du pavillon reflète cette mort noire…. Je veux créer un état d’âme pour les sculptures comme pour le spectateur. La peur de la peste à Venise, qui revenait toujours et décimait en quelques jours une grande partie de la population, est présente sur les murs et le sol noirs. La mort noire est quelque chose de puissant qui peut être comparé aux fléaux actuels, les épidémies, le sida, les guerres meurtrières, […] Les murs vénitiens décadents qui portent les traces de leur passé, gonflés par l’eau qui se fait toujours plus pressante, par la force de l’eau qui se fraie un chemin entre les couches de peinture et montre des “boursoufflures”. (B.D.B.)

Installé au pavillon Belge de la bienale

Ce texte publié à l’occasion de la participation de Berlinde De Bruyckere à la Biennale de Venise en 2013, le catalogue est le fruit de la rencontre exceptionnelle entre l’artiste flamande et l’écrivain J.M. Coetzee. Figure majeure de la scène contemporaine, Berlinde De Bruyckere a trouvé auprès des écrits inédits du célèbre auteur sud-africain l’ardeur et l’âpre beauté qu’elle recherchait.

Détail

Et pour l’artiste, la métaphore de saint Sébastien et ses flèches est plus importante que ce que je voyais dans cette installation : la place de l’arbre en tant que symbole de la nature transformée alors que le texte nous explique que le sujet est Saint Sébastien et les flèches.

« La pièce monumentale exposée à la Biennale de Venise 2013 montre la mutation d’un arbre colossal en un corps à l’agonie, à la fois végétal dans sa forme, et animal par sa peau de cire ensanglanté et par les cris de souffrance qu’il s’en dégage.

Des peintures existantes sur Saint Sébastien. Je pense que : Saint Sébastien soigné par Irène (Hendrick ter Brugghen) a sûrement été dans les recherches du sujet.

Je pense que Berline de. Bruyckière doit préparer une autre grande exposition quelque part dans le monde.

En supprimant le corps et en laissant à notre vue les bois et les flèches, par les tissus et grossissement des détails de ligatures d’assemblage des bras, Berline de Bruyckière nous montre de façon grandiose par l’intérieur de la matière une réflexion sur le rapport de la nature avec l’homme (ici le bois est de l’orme, un bois disparu).

J’ai hâte de savoir sur quelle thématique elle travaille actuellement.

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