Ernest PIGNON Ernest
Le travail en dessin est superbe, ainsi que la mise en scène.
Les sujets de ces femmes dont leur croyance (ici à Dieu) a mis leur corps en péril par des souffrances qu’elles se sont infligées est étonnant.
C’est pour cela qu’Ernest Pignon Ernest et André Velter nous ont donné quelques détails de leurs réflexions que j’ai copié en fin d’article .
Mais au moment de l’expo, une avocate opposante au président de la Turquie est morte de grève de la faim dans une prison Turque.
A une autre époque, c’est l’image de cette femme de trente kilos derrière les barreaux qu’ Ernest Pignon Ernest aurait placardé sur les murs de l’ambassade turque .

Au départ, il y a ces vers de Nerval :
«modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée les soupirs de la sainte et les cris de la fée ».
« Puis, mes travaux napolitains m’ont amené à lire Ignace de Loyola, Saint Jean de la Croix, Thérèse d’Avila. Les pages de « Ma vie » conjuguées à des visites aux marbres du Bernin à Santa Maria della Vittoria et à la Bienheureuse Ludovica Albertoni m’ont subjugué et, guidé par les écrits de Jean-Noël Vuarnet et Claude- Louis Combet, j’ai poursuivi ma quête et découvert les textes d’autres grandes mystiques. »
« Cela ne faisait que redoubler mes interrogations sur la représentation. Comment figurer des corps qui aspirent à se désincarner ? Comment restituer de tels transports, de tels excès, de telles effractions sublimées ? Comment dire cet infini du désir, de l’angoisse, de la douleur, de la suavité de l’exaltation qui les habitaient et toutes les contradictions qui les traversaient ? »
« Je n’ai choisi que des mystiques chrétiennes qui ont écrit. Ces portraits imaginés sont nés de ce qu’elles ont dit d’elles-mêmes. De même le plan d’eau noire découle des métaphores de ruissellements et d’abîmes récurrentes dans leurs textes. (Hildegarde de Bingen, Angèle de Foligno, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, Marie de l’Incarnation, Madame Guyon, Louise du Néant et Marie-Madeleine). »
« Ce projet n’appelle évidemment pas la rue mais mes images nouent avec l’espace, l’histoire et la symbolique du lieu des relations du même ordre que celles que suscitent mes interventions urbaines. Comme dans mes collages de rue le support de l’image n’est pas neutre : j’ai façonné les feuilles afin qu’elles ne soient pas un simple support mais qu’elles s’imposent comme un élément plastique à part entière suggérant une fluidité de l’espace en contradiction avec le caractère charnel des dessins. Dans le plan d’eau les reflets provoquent renversement et osmose de la fiction des images et de la réalité du lieu. »
Ernest PIGNON ERNEST
En vidéo
Qui sont ces femmes?

André Velter est une poète avec lequel Ernest Pigon Ernest a travaillé ensemble sur le sujet – Extases.
⁃ « Comment représenter ce qui ne peut se voir?, Comment faire image de chairs qui aspirent à se désincarnée? »
⁃ « Comment capter les traces, les effets, les lumières, les ombres, les soupirs ou les cris d’expériences ineffables ? »
⁃ « Comment restituer par des traits de tels transports, de tels excès, de telles effractions sublimées ? »
André Velter – Extases.





Et Christ derrière



Cette installation prenait une dimension différente suivant la position du regardeur et aussi de l’éclairage qui évolue.



Béatifiées, canonisées ou encore sur listes d’attente,
Nous vous saluons à la Royale
Entre toutes les saintes, entre toutes les femmes,
Marie-Madeleine, Hildegarde, Angèle, Catherine, Thérèse, Marie, Louise et Madame Jeanne-Marie.
Nous vous saluons comme nous vous avons célébrées,
Avec l’ardeur qui prend par surprise. Quand ce qui transparaît n’a rien d’un simulacre,
Mais tout d’une effraction dans l’ordre des pensées, des croyances, des convenances et des choses.
Et que notre impiété ici soit à notre crédit,
Tant elle a gouverné nos traits, nos gestes, nos paroles,
Toujours le cœur au clair et l’âme à résonner
Sans préjuger, sans railler, ni ferrailler, ni trahir.
Nous vous saluons, ô combien tendrement,
Pour la part de ciel qui vous est passé sous la peau,
Pour la terre qui vous fut de peu de réalité
Alors que vous étiez en charge d’un réel infiniment mêlé d’apocalypse et de miel.
Nous vous saluons ainsi
Au terme de ce qui est sans adieu,
Toute extase étant divine, amoureuse et diVine,
Qui met le corps à marée haute
Même à cent lieues des tempêtes, des cantiques et de Dieu.
André Velter
Pour ce faire, Ernest Pignon Ernest et André Velter nous précisent des citations d’auteurs qui ont eux aussi travaillé sur ces femmes.
CITATIONS
« … J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Syrène…
Modulant tour à tour sur La lyre d’Orphée
Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée »
Gérard de Nelval El Desdichado
« Un peu comme Rimbaud et Artaud ont pu donner leur corps à la poésie, les mystiques donnèrent leur corps à l’expérience intérieure »
Jean-Noël Vuarnet – Le dieu des femmes.
« . . La douleur était si vive que je gémissais et si excessive la suavité de cette douleur qu’on ne peut désirer qu’elle cesse. Douleur spirituelle et non corporelle, bien que le corps ne manque pas d’y avoir part et même beaucoup ». Thérèse d’Avila – Ma vie
« … On s’étonne des mystiques, mais le secret est là : leur amour à la manière des torrents, n’avait qu’un seul lit, étroit, profond, en pente et c’est pour cela qu’il emportait tout ». Flaubert – Pensées
« Etre éternellement penchée sur ce double abîme voilà mon secret ».Angèle de Foligno – Le livre des visions.
« En cette connaissance de la Croix, il me fut donné un tel feu que, debout près de la Croix, je me dépouillais de tous mes vètements. et m’offrit à lui. » Angèle do Foligno- Le livre des visions.
« Etre éternellement penchée sur ce double abîme voilà mon secret. ». Angèle de Foligno • Le livre des visions.
« Elle oubliait alors de boire et de manger : on eût dit un esprit sans corps et pourtant le corps était éblouissant ». Frère Arnaud – Vie de Sainte Angèle de Foligno
« En cette connaissance de la Croix, il me fut donné un tel feu que, debout près de la Croix, je me dépouillai de tous mes vêtements et m’offris à lui. ». Angèle do Foligno- Le livre des visions.
« Elle tombe d’abîme en abîme, de précipice en précipice, jusqu’à ce qu’enfin elle tombe dans l’abîme de la mer, où perdant toute figure, elle ne se trouve plus jamais étant devenue la mer même. ». Madame Guyon – Les torrents
« Car il n’est pas de plus grand martyr et plus grand délice que de vouloir s’unir au Toujours Absent. que de vouloir atteindre l’Inatteignable (« les bras levés du désir n’atteignent jamais la plénitude adorée). Car il n’est pas plus grand martyr et plus grand délice que de mourir d’amour pour celui qui n’est que « ténèbre immense qui sans cesse vous appelle et sans cesse se dérobe, mais qui vous remplit (le verbe est d’Angèle) et vous transporte jusqu’à vous faire quitter le sol. ». Lydie Salvayro • Face aux murs
« Les extases de Thérèse sont d’emblée et sans distinction paroles, images et sensations physiques, esprit et chair, à moins que ce ne soit chair et esprit :
« le corps n’est pas sans participer au jeu, et même beaucoup », Thérèse est un fluide, un ruissellement constant, l’eau sera son élément et la coulante métaphore, sa manière de penser ». Julia Kristeva – Face aux murs.
Biographies
Madame Guyon
Née à Montargis en 1648. Jeanne-Marie Bouvier de La Motte est mariée contre son gré à l’âge de seize ans à Guyon de Chesnoy, elle aura trois enfants. Un franciscain anonyme lui fait découvrir , avec l’oraison’ la voie à l’union mystique. À la mort de son mari, elle a vingt-huit ans. Elle se décharge de la tutelle de ses enfants, à Paris, puis part cinq ans en Franche Comté et en Savoie prêcher un amour de Dieu libéré de tout alliage L’audience qu’elle rencontre et la diffusion de ses écrits lui valent l’hostilité des théologiens officiels. De reto en 1686. elle est incarcérée huit mois sur ordre de l’archevêque de Paris qui l’accuse de quiétisme. L’intervi Madame de Maintenon et de Fénelon hâte sa libération. Mais la disgrâce qui s’abat bientôt sur Fénelon, les attaques de Bossuet et de l’archevêque de Paris, provoque à nouveau sa perte. Elle est internée cinq ans et ses livres sont condamnés. Libérée en 1702, elle se retire à Blois où elle meurt en 1717.
Hildegarde de Bingen
Née en 1098 à Bermersheim dans une famille noble du Palatinat, elle a des visions dès l’âge de trois ans. Elle entre au monastère des bénédictines de Disibodenberg où elle sera élue abbesse en 1136, avant de diriger un monastère à Rupertsberg. Après de nombreuses visions, prophéties, extases, une illumination en 1140, le don des langues et l’intelligence des livres saints. Son étonnante faculté de discernement et ses visions fulgurantes la désigne à l’attention des évêques, des princes et des rois qui en font leur conseillère. Hildegar au Mont-Saint-Rupert, près de Bingen, en 1179, dans le monastère qu’elle a fondé en 1148.
Ou
Catherine de Sienne
Vingt-troisième enfant d’un teinturier de Sienne, Catherine naît le 25 mars 1347. À l’âge de six ans le Christ lui est apparue, elle se voue à lui. Elle refuse de se marier, devient pénitente au tiers ordre de saint Dominique, s’impose flagellations, se prive de sommeil. Elle connaît de continuelles extases. Elle soigne les pauvres et les lépreux en 1370, répondant à une injonction du Christ, elle quitte Sienne et part de ville en ville pour rappeler les puissants à leurs devoirs. Bientôt son autorité est si manifeste qu’elle conseille, admoneste ou encourage les rois et les papes XI et Urbain VI. Épuisée par des jeûnes extrêmes, Catherine meurt à Rome le 29 avril 1380.
Guyon du Chesnoy, dont elle aura trois enfants. Un franciscain anonyme lui fait découvrir, avec l’oraison, la voie
Thérèse d’Avila
Née en 1515 près d’Avila, dans une familie de petite noblesse, Teresa de Cepeda y Ahumada, très tôt orpheline de mère, est choyée par son père et mène une vie joyeuse tout en refusant de se marier, À vingt ans, elle entre au monastère des Carmélites de l’Incarnation d’Avila, mais sa véritable aventure spirituelle ne commence que vingt ans plus tard, après une lecture des Confessions de saint Augustin. Visions, extases se succèdent accompagnées de phénomènes extraordinaires comme la stigmatisation et la lévitation. En 1562, elle se donne une double mission : témoigner de ses expériences par l’écriture et réformer le Carmel pour lui restituer sa rigueur originelle. Rencontrant de nombreuses réticences et oppositions jusqu’au sein de l’Église, elle fonde un monastère à Avila, avant de répandre sa réforme et d’ériger dix-sept nouveaux monastères. Jean de la Croix, qui est de vingt-sept ans son cadet, devient son disciple, puis se change en véritable directeur spirituel. Leurs écrits, inspirés par ce lien unique, atteignent les sommets de l’expression mystique. Au cours d’un voyage, Thérèse meurt dans la nuit du 4 au 15 octobre 1582, précisément la nuit où le calendrier julien cède au grégorien le décompte du temps.
Marie-Madeleine
La vie de Marie de Magdala ne nous est connu qu’à travers les textes des Évangiles et d’une tradition qui s’adjoint sans doute quelques faits légendaires. Courtisane repentie devenue disciple de Jésus, elle l’escorte jusqu’au pied de la croix, assiste à la mise au tombeau avant d’être, au matin de Pâques, le premier témoin de la Résurrection. Soeur de Marthe et de Lazare, Marie-Madeleine aurait quitté avec eux la Palestine pour aborder à la rive provençale de la Méditerranée. Elle se serait alors retirée dans une grotte du massif de la Sainte-Baume où elle aurait prié et médité pendant les trente dernières années de son existence.
Louise du Néant
Née en 1639, au château du Tronchay, près d’Angers, Louise de Bellère du Tronchay, connaît l’enfance, l’adolescence et le début de l’âge adulte d’une fille de la noblesse, raffinée et intelligente. Longtemps elle hésite entre l’engagement matrimonial et celui de.l’action charitable. C’est le sermon d’un prédicateur qui va déclencher, alors qu’elle a trentesix ans, une violente crise intérieure et révéler ses premiers signes de démence. Elle quitte sa famille, devient novice dans une communauté dirigée par le père Guilloré, qui a d’emblée une influence décisive sur elle et qui sera son « redoutable » directeur de conscience. En 1677, elle est internée à la Salpêtrière et jetée dans le cachot des folles. On en parle comme d’une p.ossédée. Après l’avoir entendue en confession, un aumônier réussit à convaincre les Administrateurs de Général de lui confier un rôle de femme de service. En 1681, elle part soigner les indigents à l’Hôtel-Dieu. On l’en chasse pour•un larcin dont elle est innocente. Sous la coupe de Guilloré, elle accepte et favorise tous les coups du sort, devenant pour des années dans les bas-fonds de Paris une mendiante persécutée. En 1689, à la mort de son « guide », elle part à Loudun, puis à Parthenay, dans une fondation religieuse qui dépend de Jean Maillard, le jésuite qui sera son premier biographe. Apaisée, elle meurt le 1er juillet 1694.
Angèle de Foligno
Née en 1248 dans la province italienne d’Ombrie, à Foligno, elle fait à vingt ans un riche mariage et mène une vie frivole, Elle a plusieurs fils qui meurent soudainement, presque en même temps que son époux. Veuve à quarante ans’ hantée par la peur de l’enfer, Angèle invoque François d’Assise qui l’assure en rêve que Dieu lui accorde sa grâce, elle se dépouille de tous ses biens, s’inflige de terribles mortifications, s’abîme dans la méditation et la vit en recluse, connaît les plus hauts états mystique. En 1292, elle devient pénitente du tiers ordre de son église .et soigne les lépreux, Son confesseur et mémorialiste, frère Arnaud, est le témoin subjugué des excès ascétic des élans extatiques de celle qui se vit comme la plus aimée des « épouses du Christ Angèle meurt en 130!
Marie de l’Incarnation
Née à Tours en 1599 dans la famille d’un marchand de soìe, Marie Guyart épouse à dix-neuf ans Louis Martin également marchand de soie. Celui-ci meurt quelques mois plus tard alors qu’elle donne naissance à un fils. Bientôt, une du Christ l’engage à entrer chez les Ursulines de Tours en dépit du déchirement qu’elle éprouve d’abandonner son enfant. En 1639, elle devient missionnaire au Canada et fonde à Québec le premier monastère d’Ursulines. Avec son fils, dom Claude Martin, qui a suivi la voie religieuse des Bénédictins, elle décrit sa Relation mystique avec le Christ. Bossuet la désigne comme la «sainte Thérèse française du Nouveau Monde ». Elle meurt à Québec en 1672.